Adieu mon amour, tu me restes déjà

Ecrit pour mon fiston, à l’occasion d’une rupture … montrer que leur manière d’arrêter était aussi belle que leur amour lui-même, qui restera tel qu’ils l’ont façonné

  

  

Il n’y a plus l’avenir,

Il y a ce que l’on a fait

Je ne veux pas de souvenirs

Mais seulement ce que je sais

  

On aurait pu bien sur

Fuir pour tout oublier

Gommer des phrases sans ratures

Frotter la toile juste posée

  

Il y a la douleur , bien sur

Il y a le prix du bonheur vécu

Le vide, et plus rien ne rassure

Et mes bras qui ne servent plus

  

On aurait pu la haine

Les cris troublants du désespoir

Ou tenter le regret, à peine

Ou bien,  fier, passer sans te voir

  

Il n’y a plus l’avenir,

Il y a ce que l’on a fait

  

J’ai l’écho de ton rire, et pas l’ombre d’un regret

J’ai la fenêtre close où s’étouffaient tes pleurs

Une chapelle cachée où je me suis osé

Là sommeillent encore tes tourments enfantins

  



La musique et la mort

Après avoir été amené à faire piquer mon toutou (quelle méchante expression !) et souffert de cela, je m’aperçois que, dans la voiture, de belles mélodies celtiques (un cd laissé par le fiston) me font ‘lâcher prise’ un moment.

  

Le son boisé d’une flûte roseau

Le cœur gonflé d’un violon maritime

Il a suffit que le chant soit si beau

Pour qu’il bouleverse mon âme assoupie

  

C’est un vent de musique qui soulève du sol

L’innéductable fin, gargouille qui rigole

L’intonation celtique aux variations sereines

Je n’ai jamais dit non  aux seins d’une sirène

  

Un ‘véto’ très sympa a bien voulu venir

Endormir pour toujours mon compagnon le chien

Dix sept ans d’amitié, connivences et câlins

Admettre la fin des autres, c’est savoir bien vieillir

  

J’écouterai ce soir la flûte de roseau

Cette voix de sirène m’a donné à rêver

Je ferai défiler les vagues et rochers

Je souhaite pour survivre espérer le plus beau

  

  



Un chœur pour deux


Au cours d’un trajet ou nous sommes seuls, un collègue me livre quelques clés de son vécu, suite au décès de mon père. Je ne peux m’empêcher alors de comparer ce récit au mien et de tenter de dire vrai, sans autre but que cela

Qui connaîtra l’histoire de ces rosiers en pleurs

Ces doux chiens de troupeau gardant les pieds de vigne

Qui saura dire le beau de ces annonciateurs

Mon père me l’a dit, pourrais je en être digne ?

.

Un homme qui sourit est un enfant qui pleure

Un qui sait bien la chance d’avoir apprit le rêve

Mon père donnait aux choses le beau de ces fleurs

Qui conduisent la marche quand le coteau s’élève

.

J’ai bien tourné la page, mais je vois au travers

Le vibré de nos chants quand nos voix s’accordaient

Je crois que j’ai vécu, je sais avoir rêvé

Les murs de notre église et la croix de mon père

.

Un fils garde pour lui ces chants et ces images

Qui porteront pour lui cette force immuable

Le deuil est enterré, les regrets sont en cage

Pour comprendre les vies, en connaître les fables

.

Les larmes sur mes joues ne savent pas pleurer

Elles sont d’un autre monde, que mon enfant essuie

Elles sont l’indispensable, le ‘comment’ de la vie

A genoux dans les vignes, je parle à un rosier

.

Un monde était en marche, je savais mon destin

La douleur fait le rire, la racine est profonde

Le bonheur a un prix, comme l’amour est certain

Je combattrai le pire pour que chante le monde

.

Les colonnes massives gardent nos voix mêlées

Une même aube rouge vient colorer nos vignes

Si je ferme les yeux, tu es à mes côtés

Une lampe allumée que ton regard souligne



Quoi de plus ?

Christine est absente de la maison toute la semaine, pour un stage. Et comme pour tout le monde, c’est l’absence qui nous fait toucher du doigt une question simple : l’amour qui dure a quoi de plus ?

Quand tu n’es pas là je te cherche

Ces yeux plissés dans un sourire

Obscur destin à qui j’adresse

Un respect clair comme un désir

.

Plus qu’une amie, comme une sœur

Sur qui le frère construit sa vie

Les vieux amants ont plus qu’un cœur

Si peu d’espace, tant de pays

.

Ta main déjà manque à ma main

Comme si manquait un bout de moi

Que d’y penser alors elle vient

Toujours, mon cœur, au bon endroit

.

Que reste t il après le feu

Après la grande découverte

Sortir son épingle du jeu

Le bonheur vient avant la quête



La machine à écrire

Après  le décès de mon père, nous sommes amenés à jeter sa machine à écrire, qui lui a tenu compagnie toute sa vie d’adulte.  J’ai grandi au bruit crépitant des touches.  Elle a cessé de fonctionner pratiquement en même temps que le cancer lui ôtait tout besoin (ou force ? ou envie ?) d’écrire, et sa mort, à elle, il ne l’a pas vécue.  Moi et mon épouse l’avons portée ensemble et nous avons éclaté en sanglots quand cette merveilleuse machine s’est disloquée au fond de la benne.

Cette machine a connu mes premiers poèmes, quand je profitais des rares moments où Papa libérait son bureau et l’instrument.

 

Je l’ai prise par un bras

De métal satiné

Objet, mon très cher être

Posé là comme une âme

Qui ne veut pas mourir

 

Tu n’es vraiment pas lourde

Et pourtant j’aurai cru

Posée devant mon père

Tu semblais être un corps

 

J’ai encore à l’oreille

Cliquetis rassurant

La frappe réfléchie

Et des mots s’égrenant

Quand la nuit nous appelle

J’entendais, tu étais

 

Un an avant l’auteur

Tu t’étais endormie

Rouleaux, ruban encreur

Non, tu ne voulais plus

C’était trop pour ton cœur

D’exister sans ami

 

Ton poids à bout de bras

Je te traite en objet

Tu ne sers plus à rien

Je vais donc t’emmener

Je vais donc te laisser

Abandonner, jeter

 

Je te prends dans mes bras

Une dernière fois

Je me souviens…

Mes premiers mots écrits

Que tu embellissais

J’osais prendre sa place

J’étais un peu de lui

 

Les barres de frappe tordues

Des doigts entremêlés

Ceux d’un enfant qui prie

Parce qu’il ne voit plus

Son papa l’accueillir

Sur le pas de sa porte

 

Christine et moi te portent

T’encadrant en silence

Et nous t’avons lâché

Au bord de cette fosse

 

Puis, un temps de silence

Le moment de ta chute

Le temps d’une prière

Qui jamais ne fut dite

 

A l’instant de l‘impact

Ton ruban s’échappait

Un bandeau d’auréole

Tracé brutalement

 

Comme une larme de peine

Un sang insoupçonné

Simple, au fond de la benne

Souffrance, humilité

 

Ce choc et cette image

Nous reste dans le ventre

Nous avons simplement pleurés

Pleuré par impuissance

Nous avons noué nos corps

Pour te dire que l’on t’aime

Voir est plus dur que savoir

Un pan de nous glissé, trou noir

 

 



Les lutins

Mon père a bercé l’enfance de ses enfants avec de petits contes… de petits rituels, des concepts.  Le plus fort de ces songes est indéniablement le peuple de lutins, caché en forêt de Fontainebleau, peuplant des grottes nocturnes et circulant dans de petites carrioles tirées par des lièvres.  Avant d’entrer dans Milly, un  rocher affleure en bordure de route : il était ‘la porte de la foret’ et jamais papa ne serait passé devant sans lancer un joyeux ‘salut’, un petit coup de klaxon qui résonnait en nous comme un domaine clos dont nous avions la clef, notre père.

 

Au rocher Beatrix, une lampe s’est tue

Fontainebleau s’endort, ignorant ce silence

Sur les rochers du fond cesse l’opalescence

Plus un froissi de feuille, notre pays perdu

 

A l’ombre des fougères voici la carriole

Le lièvre dételé a caché sa présence

Il n’est pas loin pourtant, entre deux ombres folles

Et le lutin, son maitre, accepte ses absences

 

Les lutins ont appris, ils ont su ton départ

Ils sont nés dans ta voix et craignent de mourir

Eux aussi, dans nos songes, et dans les nénuphars

Danser dans la pénombre, sans qu’on entende un rire

 

Ils ont si peur ce soir, les lièvres reviendront ils ?

La voiture de bois sous un reflet de lune

Ne va-t-elle pas se fondre, rocher sur son île

Les clochettes au traineau, leur unique fortune

 

Ils vont prier ce soir qu’un homme croit en eux

Les mains tournées au ciel et les yeux grands ouverts

Ils parlent à leur Dieu et avouent qu’ils espèrent

Ils écoutent leur voix, le rocher est sur eux

 

Quand affleure la roche, à l’entrée de Milly

Ils se retrouvent là pour une longue marche

Ceux de Franchard au loin viendront veiller aussi

Pèlerins silencieux, chers animaux de l’arche

 

Ils vont à Montigny, iront jusqu’en lisière

Ils vont prendre le risque d’aller jusque là

Seulement sur ta tombe poser leur prière

Et réclamer de vivre une dernière fois.

 

 

 



D’une rive à l’autre

Quelques mots pour simplement esquisser une facette de la vie d’un être cher … esquisser également l’indicible vide, quand cette vie n’est plus.

 

Ta vie entière fut un songe

Peuplé de fiertés d’avant guerre

A l’heure ou notre argent nous ronge

L’honneur de saluer hitler

 

Ton heure est restée sous les bombes

Fixée aux plages du cotentin

De ton cœur d’enfant à ta tombe

L’air que tu jouas fut un refrain

 

Chacun de nous, le ventre ouvert

Ressent un trou dans ses entrailles

Comment vivre encore un hiver

Respirer avec cette entaille

 

Chacun de nous cherche des yeux

Celui auquel tu as prié

Chacun trouvera même un peu

L’empire que tu nous a laissé

 

 

 

 

 



La plaie blanche

Ecrit quelques jours après le décès de mon père. Un père d’un côté, et de l’autre ses quatre enfants.  La mort as t elle choisi un camp ?

 

 

Ces quatre enfants avaient leur père

Il y a encore si peu de temps

Si peu conscients et si légère

La vie alors prenait son temps

 

Chacun perd son bâton de route

Et son appui sur le sentier

Compte et apprend tout ce que coûte

Le trou blanc de l’éternité

 

Les bras en croix de ce seigneur

Quand il a préparé sa fin

Ses mains levées vers l’intérieur

L’âme sans peu, légère, enfin

 

Quatre enfants du bout du monde

Ne savent sa dernière prière

Chacun la prend une seconde

Pour préparer sa vie entière

 

Celui la dans la cathédrale

Ira porter une lumière

Un cierge seul dans une salle

Un trait d’union avec mon père

 

Cet autre ne saura s’en défaire

Retrouvant son papa partout

Comme un bon chien qui pleure et flaire

Son âme diffuse est en tout

 

Quatre enfants vont avoir peur

La chambre est noire et le bois craque

Leur lien de sang est sans valeur

Ton absence dans le vent qui claque

 

Ils vont serrer leurs cœurs au chaud

D’un nid de bras improvisés

Mais il est trop tard et trop tôt

La vie en marche, le jeu joué

 

Le chat, ton ami, est resté

Ses yeux te voient et, grand ouverts

On les sent qui prient et espèrent

Te devinent dans l’escalier

 

Ta vie expliqua des mystères

Le poids du roc, le chant des pierres

Le repos de la bête espère

Songer à toi tout en prière.

 

Ta tombe est là, bien obligée

Parce qu’il leur faut se recueillir

Je ne veux pas l’imaginer

Tu as encore tant à me dire

 

 

 




Existeras-tu là ?

Je ne pense pas qu’on puisse jamais faire le deuil d’un être exceptionnel… j’essaie de lui faire enfin passer le pas de ma porte …. De le vivre par procuration…j’essaie

Ton souffle s’est rompu, un jour que nous savions

Un jour sans équivoque, étourdi de prières

Une nuit recueillie, qui murmurait ton nom

Quelque part au lointain, ta vieille amie la terre

Appelait en silence l’être qu’elle aimait tant

Et nous qui t’aimions tant, restés seuls à présent

Tu as cessé de rire quand je parle de toi

Les livres sont glacés dans leur profond sommeil

Là où ils dorment, non, je n’irai plus la bas

Tu vas enfin venir ici, d’où je te veille

Passer ce pas de porte qui ne te connaît pas

Venir sécher mes larmes et marcher jusqu’à moi

Tu devais nous quitter, un secret pour personne

Tu as ouvert les bras pour l’accueillir chez toi

On ne le dit jamais, on sait quand l’heure sonne

Chacun ne sait qu’attendre ces choses qui sont là

Ta prière intérieure est venue jusqu’ici

Ton sourire au seigneur a réchauffé le nid

Tu t’es mis à ma table pour la première fois

Et tu as attendu que les larmes s’apaisent

Ma femme sait bien ta présence, enfin elle te tutoie

Et te livre en secret les bonheurs qui te plaisent

Elle promet pour toujours de veiller sur ton fils

Tu vis là maintenant que tes roses pâlissent

Chaque jour, elle te parle, reconnaît ton silence

Elle sait dire des mots là où mon cœur se serre

Elle arrive à marcher, je crains le vide immense

Comme si Dieu lui-même effaçait le mystère

Comme si l’on pouvait, encore à cette table

Encore aimer t’entendre et t’aimer comme on parle

 

 

 

 



Renaître

Christine, après son grave accident, au moment de la reprise de conscience post traumatique, a priorisé l’amour pour son mari. Elle m’a redécouvert, sortant du sommeil, comme un oisillon adopte le visage qui se découpe, au delà de la coquille brisée… 

 

Ma Christine aurait bien pu y perdre la vie

Du séjour en ténèbres elle ramenait l’amour

Avant d’avoir posé un seul pied hors du lit

Elle avait dit cent fois un seul nom pour toujours

 

Avant de s’acharner à retrouver son corps

C’est un cœur enfantin qu’elle avait fait éclore

Reprenant trait pou trait son amoureux d’avant

Elle y vouait sa vie d’un baiser surprenant

 

Chaque heure de chaque jour, elle aura peur de perdre

Celui qu’elle prononça au sortir de ses limbes

Les yeux encore fermés comme deux poings que l’on serre

Mais déjà ce sourire et ce bonheur des humbles

 

Christine avait perdu sa protection du monde

Et c’est son cœur à nu qui parla le premier

Elle a posé sa main comme posa la Joconde

Comme un sourire confiant, paisible et rassuré

 

Peu à peu elle devint la plus belle des femmes

En disant simplement tous les souhaits de mon cœur

On parla tous les deux tant de rire que de drames

Et son corps amoureux s’aimait baigner de sueur

 

Ou donc es-tu allée puiser tant de ressources ?

Quel amour de la vie avais-tu dans les veines ?

Tu as su reconstruire un temple sur la source

Autour d’un firmament qui t’avait dit ‘je t’aime’

 

Depuis ton long sommeil tu as tellement aimé

Que l’amour sur son trône eut été étonné

Que de voir ton visage soudain s’illuminer

Seulement quand je rentre, que tu me vois rentrer

 

N’aies pas peur de le perdre, ne crains pas l’avenir

Il pourrait aller où sans vouloir revenir ?

Ton cœur a su entendre la voix de son cœur

Ton âme bousculée est restée l’âme sœur.



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